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Georges Fho Madison : Exposition de Loué du 10 au 26 Novembre 2006


Georges FHO MADISON

"Contrastes Africains"
Du 10 au 26 novembre
Centre Culturel Le Courmesnil
Loué
Vernissage le 10 novembre à 19h00

- Au sujet de l’exposition de Loué (texte de Michel Foucault)

- L’exposition de Georges Fho Madison s’inscrit dans le cadre des manifestations Contrastes africains organisées par le Centre culturel Le Courmesnil de Loué. Georges Fho Madison : artiste africain ? Le peintre refuse de se laisser enfermer dans une catégorie si pratique et si réductrice pour un regard occidental trop pressé. Oui, Georges est d’origine africaine (il est né à Douala au Cameroun en 1965) mais il vit en France depuis 25 ans. La France est sa seconde patrie, c’est là qu’il a grandi, qu’il a effectué ses études. Après le lycée Bellevue du Mans, il entre à l’École des beaux-arts du Mans puis à celle d’Orléans où il obtient un diplôme national d’arts graphiques (option communication). Sa recherche artistique est alors marquée par cette double appartenance aux cultures africaine et occidentale. Georges Fho Madison est un artiste d’aujourd’hui dont l’œuvre se nourrit des richesses, des différences voire des contradictions entre ces deux cultures.

- Son travail est varié tant dans ses conceptions que dans les techniques employées. « J’utilise la peinture à l’huile, l’acrylique, les pastels, les crayons de couleur, les collages. » Il n’hésite pas à recourir... au chalumeau. Les supports sont également variés : toiles, papiers et matériaux de récupération. « Une tuile, un morceau de carton, du métal, des récupérations de la rue, je ramasse tout, sans savoir à quoi ces objets me serviront, pour quelle œuvre. »

En véritable passionné pour la peinture et son histoire, Georges Fho Madison aime intégrer à l’intérieur d’une même œuvre, des univers à priori opposés. « À travers mon art, j’aime créer un contraste important, une cohabitation, une composition qui sorte de l’ordinaire. » Belle œuvre généreuse remplie d’humanisme, celle qui donne à voir l’espace de la toile comme nouveau lieu de rencontres et de dialogues entre des éléments culturels que nous avons pris l’habitude d’opposer.

- L’exposition présente deux approches significatives de l’œuvre de Georges Fho Madison : une série de toiles grands formats regroupées autour du terme générique de Métissages et une série de travaux plus petits sur papier intitulés Lettres aux opprimés.

LE « MÉTISSAGE » DES COULEURS

- Cette série de toiles regroupées sous le terme de Métissages est l’occasion de mettre en évidence un des thèmes de prédilection de l’artiste : la confrontation entre des univers à priori opposés sur un même tableau. « Je confronte les contraires. De cet affrontement naît l’harmonie du métissage. Il en va des couleurs comme des êtres humains : ils peuvent cohabiter, préserver leur identité mais aussi en créer d’autres en s’unissant. »

- D’abord, parcourons les toiles de Georges Fho Madison et repérons quelques univers plastiques explorés par l’artiste. Essayons de les définir. À quels grands peintres font-ils penser ?

- La surface est recouverte d’une seule couleur (l’expérience du monochrome). Face à la surface monocolore, le spectateur doit s’immerger dans un bain de couleur. La couleur est pure sensation. On pourra faire référence à Casimir Malévitch (Carré blanc sur fond blanc), Yves Klein (toiles ou objets recouverts de façon uniforme avec du bleu, du rose ou de l’or) ou Pierre Soulages (Monochromes noirs).

- La surface est peinte en noir et blanc. Le peintre joue avec les contrastes nuit et jour, sombre et clair , ombre et lumière. Le noir et le blanc peuvent se combiner pour obtenir une riche palette de gris. Références culturelles possibles : les peintures orientales à l’encre de Chine.

- La surface est peinte avec des couleurs éclatantes. Le peintre utilise des couleurs pures, éclatantes comme celles des peintres fauves (Henri Matisse, André Derain, Maurice de Vlaminck, Georges Braque). La toile dégage des atmosphères chaleureuses rappelant les sensations de l’été.

- La surface est couverte de taches colorées. Le peintre s’implique corporellement : il éclabousse la toile, il peut couvrir de grands formats. L’éclaboussure, l’accident deviennent des éléments plastiques qui garantissent la spontanéité du geste. Les taches colorées gardent le souvenir de gestes instinctifs, énergiques voire violents mais aussi la trace de l’outil employé (un pinceau ou une spatule).

- La matière de la peinture est très importante : tantôt, elle est fluide et s’étale sur la toile en dégoulinant, tantôt elle est pâteuse ou grumeleuse et s’étale à l’aide d’outils qui « tartinent » la couleur sur la toile. Références culturelles : les artistes abstraits américains (Jackson Pollock, Wilhem de Kooning) ou européens (Pierre Soulages, Hans Hartung, Jean Fautrier, Bram Van Velde).

- Cette liste n’est pas exhaustive, à vous de la compléter. Chacun des univers plastiques est découpé en zones franches, Georges Fho Madison utilise souvent la ligne droite pour marquer leurs frontières. Observons comment, à l’intérieur d’une toile, il confronte ces plages colorées pour les faire dialoguer entre elles : il oppose une grande et une petite surface, il répète les deux univers avec un système de bandes alternées.

- N’oublions pas que pour métisser, il faut tisser.

LETTRES AUX OPPRIMÉS

- Sur le mur cloisonné de la salle, sont rassemblées des œuvres plus petites que les toiles précédentes. Toutes sont marquées par la présence de lettres peintes à l’aide de pochoirs métalliques. Ces pochoirs étaient utilisés autrefois par les employés de gare ou de port pour imprimer les mots : HAUT, BAS, FRAGILE sur les gros emballages en bois destinés à l’expédition.

- Qu’est-ce qui est fragile ici ? Les lettres ne constituent plus des mots connus mais des matricules énigmatiques. Qu’est-ce qui circule ou plutôt a du mal à circuler dans notre 21e siècle naissant où les marchandises sont autorisées à traverser les frontières plus facilement que les humains ? Comment ne pas songer aux émigrés clandestins d’Afrique ou d’Amérique du Sud qui essaient de les traverser au péril de leur vie ? Georges Fho Madison ne nous impose aucune lecture précise de l’actualité, à chacun de réfléchir à tous ceux qu’on empêche de circuler. À travers ses messages énigmatiques, l’artiste nous parle des opprimés d’aujourd’hui, il tente de leur redonner une parole et un visage.

- Le propos devient grave, la peinture est moins éclatante, les harmonies colorées s’assombrissent, les matériaux employés sont bruts. Tentons de repérer les signes plastiques que l’artiste va répéter, modifier, varier dans cette série :

- Collage de photocopies de photos d’identité. Qui sont ces personnages ? Aucune expression particulière, ils déclinent simplement leur identité comme sur les documents officiels que tout citoyen, travailleur ou voyageur doit posséder. Pourquoi sont-ils rassemblés ?

- Collage de papier journal provenant de quotidiens du monde entier (français, italien, arabe, asiatique). Les quotidiens habituellement utilisés pour nous informer des nouvelles du monde sont ici illisibles. Les fragments ne nous permettent plus de déchiffrer l’actualité, ils sont devenus de simples signes banals en noir et blanc pour rappeler la rumeur du monde.

- Impression de lettres et de chiffres à l’aide de pochoirs formant une suite de matricules ou de codes indéchiffrables.

- Collage de silhouettes humaines très stylisées. Ces formes à la découpe franche sont isolées tels des éléments épars d’un pantin désarticulé. Nulle humanité dans ces portraits aux regards évidés.

- Empreintes de chaussures. Une ou deux traces de pas gardent le souvenir d’un voyageur (clandestin ?) sur son passage.

- Collage de divers papiers récupérés (papier Kraft, papier de tapisserie). On pense à Pablo Picasso ou Georges Braque qui intégraient toutes sortes de matériaux bruts à l’intérieur de leurs collages cubistes.

- Tous ces éléments composites sont rassemblés, superposés, retravaillés, enduits, grattés, recouverts d’énergiques graphismes peints ou tracés au fusain. Les compositions gardent en mémoire les interventions successives du peintre. Elles font penser aux affiches recouvertes, lacérées et graphitées de la rue.

- La parole des opprimés descendrait-elle dans la rue ?

- Michel Foucault, 18 octobre 2006

- Article paru sur le Web Compagnie Robin Juteau

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